Je crois qu’il y a une conversation que nous devons absolument avoir dans l’Église : celle de la manière dont nous traitons les personnes de la communauté LGBTQ.
J’aimerais commencer par une vérité que je ne devrais même pas avoir besoin de rappeler. Non, Dieu ne déteste pas les hommes gays, les femmes lesbiennes, les personnes transgenres, ni aucune autre personne de la communauté LGBTQ. Et nous ne devrions pas les détester non plus.
Malheureusement, à force de vouloir dénoncer ce qu’ils considèrent comme un péché, certains chrétiens ont fini par oublier comment aimer les personnes auxquelles ils souhaitent annoncer l’Évangile. Le dimanche, nous prêchons l’amour de Jésus. Nous affirmons que sa grâce est accessible à tous et nous répétons que Dieu aime les êtres humains. Pourtant, lorsqu’un homme gay, une femme lesbienne ou une personne transgenre franchit les portes de notre église, cet amour semble parfois devenir conditionnel.
Et, franchement, cela me trouble profondément.
Comment pouvons-nous proclamer que Dieu aime tout le monde tout en donnant à certaines personnes l’impression qu’elles sont l’exception ? Comment pouvons-nous inviter quelqu’un à découvrir l’amour du Christ si nous lui faisons sentir que sa présence nous dérange ? Et surtout, comment espérer qu’une personne ait envie de connaître le Jésus que nous annonçons si notre manière de la traiter semble contredire tout ce que nous disons de lui ?
Jean 3:16 nous rappelle que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. Romains 5:8 nous enseigne que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. J’aime particulièrement ce deuxième passage, parce qu’il nous rappelle que Dieu n’a pas commencé à nous aimer une fois que nous sommes devenus obéissants, que nous avons compris la Bible ou que nous avons enfin tout mis en ordre dans notre vie. Son amour se manifestait déjà envers nous alors que nous étions encore loin de lui.
Mais voici comment Dieu prouve son amour envers nous : alors que nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.
Et pourtant, il nous arrive d’exiger des autres qu’ils deviennent d’abord tout ce que nous pensons qu’ils devraient être avant de leur accorder ne serait-ce qu’un peu de gentillesse.
Avant d’aller plus loin, je tiens à être claire sur ma position. Je crois que la Bible situe l’intimité sexuelle dans le cadre du mariage entre un homme et une femme. J’adhère donc à la compréhension chrétienne traditionnelle selon laquelle les relations sexuelles entre personnes du même sexe ne correspondent pas à ce cadre. Je ne dis pas que les chrétiens doivent renoncer aux convictions qu’ils tirent sincèrement des Écritures simplement parce que ces convictions peuvent déplaire.
Genèse 2:24 présente le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, et Jésus cite ce passage lorsqu’il enseigne sur le mariage en Matthieu 19:4-6. Romains 1:26-27 et 1 Corinthiens 6:9-11 sont également des passages que de nombreux chrétiens ont historiquement compris comme concernant les comportements sexuels entre personnes du même sexe. Même si les interprétations chrétiennes de ces textes ne sont pas toutes identiques, ma lecture des Écritures me conduit à conserver cette position traditionnelle.
En revanche, les questions liées à l’identité transgenre ne sont pas identiques à celles des relations sexuelles entre personnes du même sexe. Ces passages ne répondent pas directement à toutes les questions contemporaines relatives à l’identité de genre. Nous devons éviter de mélanger des sujets différents ou de prétendre qu’un texte consacré à une question en règle automatiquement une autre.
Mais voici ce que je voudrais que nous comprenions : croire que certains choix ne correspondent pas à notre compréhension de la Bible ne nous donne jamais le droit de haïr, d’humilier ou de maltraiter les personnes qui les font.
Je crois que c’est précisément là que certains chrétiens se sont égarés. Nous avons confondu le fait de défendre fermement une vérité biblique avec celui de nous opposer aux personnes elles-mêmes. Nous sommes parfois tellement préoccupés par l’idée de corriger les autres que nous oublions que cette même Bible nous ordonne d’aimer notre prochain, de faire preuve d’humilité, d’exercer la miséricorde et de respecter la dignité de chacun.
Nous ne pouvons pas nous servir d’un enseignement biblique pour justifier la désobéissance à un autre.
Jésus ne nous a jamais demandé de haïr ceux que nous considérons comme pécheurs
Lorsque j’étudie la vie de Jésus, l’une des choses qui me touchent le plus, ce sont les personnes avec lesquelles il choisissait de passer du temps. En Matthieu 9:10-13, Jésus mange avec des collecteurs d’impôts et des personnes que la société religieuse de son époque qualifiait de pécheurs. Les pharisiens ne comprennent pas pourquoi il accepte de s’asseoir à leur table, comme si le simple fait de partager un repas avec eux le rendait complice de leurs fautes.
Mais Jésus ne s’éloigne pas de ces personnes pour rassurer les responsables religieux. Il leur rappelle au contraire qu’il est venu appeler les pécheurs.
Et je crois que cette scène nous enseigne quelque chose de précieux.
Jésus n’avait pas besoin d’approuver chacun des actes d’une personne pour lui témoigner de la compassion. Il pouvait rencontrer des personnes dont les choix ou les croyances différaient de son enseignement sans les traiter comme si elles ne méritaient ni son attention, ni sa bonté, ni sa présence.
Nous retrouvons quelque chose de semblable en Luc 19:1-10, lorsque Jésus rencontre Zachée, un collecteur d’impôts que beaucoup méprisaient. Jésus choisit de demeurer chez lui, au grand mécontentement de la foule. Pourtant, cette rencontre marque un tournant dans la vie de Zachée, qui décide de faire preuve de générosité et de réparer les torts qu’il a causés.
Ce qui me frappe, c’est que Jésus ne ferme pas les yeux sur le mal, mais qu’il ne laisse pas non plus le mépris des autres déterminer son attitude envers Zachée. Il y avait à la fois de la vérité et de la compassion dans sa manière d’agir.
Et parfois, je me demande si nous ne l’avons pas oublié.
Nous sommes tellement occupés à relever ce que nous jugeons mauvais dans la vie de quelqu’un que nous ne voyons plus la personne qui se tient devant nous. Au lieu de chercher à la connaître, d’écouter ce qu’elle a vécu ou de lui témoigner simplement de la gentillesse, nous réfléchissons déjà à tout ce qu’elle devrait changer.
Pourtant, une personne ne se résume pas aux sujets sur lesquels nous sommes d’accord ou en désaccord avec elle.
Un homme gay n’est pas un débat théologique ambulant. Une femme lesbienne ne se résume pas à la personne qui l’attire. Une personne transgenre n’est pas simplement une controverse sur le genre que nous aurions à régler. Ce sont des êtres humains avec une famille, des amitiés, des rêves, des combats, des déceptions et une histoire qui les a façonnés.
Genèse 1:27 nous enseigne que l’humanité a été créée à l’image de Dieu. Cette dignité ne disparaît pas lorsque la vie ou les convictions d’une personne diffèrent des nôtres. Jacques 3:9-10 attire également notre attention sur une contradiction : comment pouvons-nous bénir Dieu avec notre langue et, avec cette même langue, maudire des êtres humains créés à sa ressemblance ?
Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme.
Mesurons la portée de ces paroles. Nous ne pouvons pas prétendre honorer le Créateur tout en utilisant nos mots pour rabaisser ceux qu’il a créés.
Quand on demande à Jésus quel est le plus grand commandement, il répond qu’il faut aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même (Matthieu 22:37-40). Il ne dit pas d’aimer uniquement les personnes dont nous comprenons la vie ou qui partagent nos convictions.
Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
En Luc 10:25-37, avec la parabole du bon Samaritain, Jésus remet encore en question notre manière de décider qui mérite notre aide. Le Samaritain prend soin d’un homme blessé que d’autres ont laissé sur le bord du chemin. Par ses actes, il manifeste la miséricorde. La leçon n’est pas de passer notre vie à déterminer qui mérite le titre de « prochain », mais de devenir nous-mêmes des personnes qui font preuve de compassion.
Et oui, cette compassion, cette bonté et ce respect doivent aussi s’étendre aux hommes gays, aux femmes lesbiennes et aux personnes transgenres.
Nous ne pouvons pas prétendre aimer Dieu tout en traitant des êtres humains créés à son image comme s’ils ne méritaient même pas le respect le plus élémentaire.
Nous ne pouvons pas exiger des non-croyants qu’ils suivent une foi qu’ils n’ont pas embrassée
Voici une autre chose que nous oublions parfois en tant que chrétiens : nous ne pouvons pas aborder une personne qui ne croit pas en Jésus comme si elle avait déjà accepté de suivre tous les enseignements de la Bible.
Réfléchissons-y. Si quelqu’un ne croit pas en Dieu, ne reconnaît pas la Bible comme une autorité spirituelle et n’a jamais décidé de suivre Jésus, pourquoi sommes-nous surpris de le voir faire des choix qui ne correspondent pas aux convictions chrétiennes ?
C’est un peu comme exiger d’une personne qui n’a jamais appris une langue qu’elle la parle couramment, puis se fâcher parce qu’elle ne comprend pas ce qu’on lui dit. Nous attendons un résultat d’elle sans reconnaître qu’elle n’a même pas adopté les bases sur lesquelles reposent nos attentes.
Et parfois, au lieu de présenter Jésus aux gens, nous commençons par leur remettre une liste de tout ce qu’ils devraient changer.
Nous expliquons à un homme gay ce que nous pensons de ses relations. Nous expliquons à une femme lesbienne pourquoi nous sommes opposés au mariage entre personnes du même sexe. Nous disons à une personne transgenre comment, selon nous, elle devrait comprendre son identité. Et ce n’est qu’après tout cela que nous commençons enfin à parler de Jésus, comme s’il fallait d’abord se conformer extérieurement à nos attentes religieuses avant même de pouvoir le découvrir.
Mais est-ce vraiment ainsi que nous sommes appelés à nous approcher des gens ?
L’un des passages les plus clairs à ce sujet est 1 Corinthiens 5:12-13. Paul y distingue la responsabilité de l’Église à l’égard de ses propres membres de sa relation avec les personnes qui sont en dehors de la communauté chrétienne. Il remet en question l’idée que les croyants auraient à juger ceux du dehors, en rappelant que ce jugement appartient à Dieu.
Bien sûr, Paul répond ici à une situation particulière de grave inconduite au sein de l’Église de Corinthe. Cela ne veut pas dire que les chrétiens ne peuvent jamais parler de morale avec des non-croyants. Mais son propos met en lumière une distinction essentielle : la responsabilité d’une communauté chrétienne de traiter les comportements de ses propres membres n’est pas la même chose que d’exiger des personnes qui ne partagent pas sa foi qu’elles se soumettent à ses règles internes.
Et cette distinction, nous devrions nous en souvenir bien plus souvent.
En Jean 16:8, Jésus explique que le Saint-Esprit convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement. C’est important, car la conviction spirituelle véritable ne se fabrique ni par l’humiliation, ni par la pression, ni par des disputes interminables.
Nous pouvons annoncer l’Évangile, expliquer les Écritures, répondre aux questions et exprimer honnêtement ce que nous croyons. Mais nous ne pouvons pas contraindre quelqu’un à avoir la foi. Et nous ne produirons jamais une repentance sincère en lui faisant honte d’exister.
2 Timothée 2:24-25 est tout aussi éclairant. Paul enseigne que le serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, mais aimable envers tous, patient et capable de corriger avec douceur ceux qui s’opposent à lui. Il reconnaît aussi que la repentance et l’accès à la vérité dépendent, en définitive, de l’action de Dieu.
Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des conflits. Il doit au contraire être plein de bienveillance envers tous, capable d’enseigner et de supporter l’opposition. Il doit corriger avec douceur les adversaires : peut-être Dieu leur donnera-t-il de changer d’attitude pour connaître la vérité.
Remarquons que les Écritures ne nous demandent pas d’être agressifs, insultants ou humiliants lorsque quelqu’un n’est pas d’accord avec nous. Même lorsqu’une correction est nécessaire, la manière de la donner compte.
Nous devons donc veiller à ne pas confondre notre responsabilité d’annoncer l’Évangile avec une prétendue mission qui consisterait à contrôler la vie des autres.
Je veux également préciser une chose : être gay, lesbienne ou transgenre ne signifie pas automatiquement ne pas être chrétien ou ne pas avoir le Saint-Esprit. Des personnes de la communauté LGBTQ se reconnaissent sincèrement comme disciples de Jésus, prient, étudient la Bible et cherchent à vivre selon leur compréhension de sa Parole. Les chrétiens ne sont pas tous d’accord sur la façon dont certains enseignements bibliques s’appliquent à leurs expériences et à leurs relations.
Même si j’adhère à la compréhension traditionnelle de l’éthique sexuelle biblique, je ne crois pas pouvoir prétendre connaître toute la relation d’une personne avec Dieu simplement parce que je connais son orientation sexuelle ou son identité de genre.
Quant à ceux qui ne partagent pas notre foi, rappelons-nous que le chemin du disciple commence par la connaissance du Christ. Et lorsque nous parlons avec des personnes qui se disent déjà chrétiennes, nos désaccords sur les Écritures devraient ouvrir la voie à un enseignement réfléchi, à un dialogue sincère et à l’humilité, et non aux insultes ou aux jugements sur leurs intentions.
Notre responsabilité est de représenter fidèlement le Christ, pas de prendre la place du Saint-Esprit dans la vie de quelqu’un.
Pourquoi dénonçons-nous certains péchés tout en excusant les autres ?
Il y a un autre problème que je crois urgent d’aborder : notre tendance, dans certaines églises, à traiter les péchés de manière très sélective.
J’ai remarqué à quel point certains comportements sexuels peuvent devenir le sujet de prédications enflammées, de condamnations publiques et de conversations sans fin, alors que d’autres péchés sont à peine évoqués. Nous pouvons consacrer tout un sermon à l’homosexualité et parler très peu de l’orgueil, des commérages, de l’avarice, du mensonge, de l’adultère, de la cruauté ou du refus de pardonner.
Et je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi.
Comment se fait-il qu’une personne connue pour humilier les autres, répandre des rumeurs ou les traiter avec méchanceté puisse être respectée dans une église, tandis qu’un homme gay ou une femme lesbienne se sentira parfois rejeté avant même que quelqu’un ne lui ait adressé la parole ?
Pourquoi acceptons-nous parfois l’arrogance sous prétexte de fermeté, la haine sous prétexte de sainte colère, ou la méchanceté sous prétexte que celui qui en fait preuve connaît beaucoup de versets bibliques ?
Romains 3:23 nous rappelle que tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Cette vérité devrait nous rendre humbles, pas nous encourager à regarder les autres de haut.
En Matthieu 7:3-5, Jésus dénonce l’hypocrisie qui consiste à voir la paille dans l’œil de son prochain tout en ignorant la poutre dans le sien. Il ne dit pas qu’il ne faut jamais parler du mal. Il dénonce l’attitude de ceux qui veulent corriger tout le monde sans commencer par s’examiner eux-mêmes.
Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : ‹ Laisse-moi enlever la paille de ton œil ›, alors que toi, tu as une poutre dans le tien ? Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour retirer la paille de l’œil de ton frère.
Mais j’aimerais attirer notre attention sur un autre passage que je trouve particulièrement important.
En Romains 2:1-4, Paul interpelle ceux qui jugent les autres tout en commettant eux-mêmes des fautes. Il rappelle la bonté, la patience et la bienveillance de Dieu, et explique que sa bonté nous conduit à la repentance.
Je trouve cela puissant, parce que nous agissons parfois comme si plus nous étions durs avec les gens, plus ils avaient de chances de changer. Pourtant, les Écritures nous appellent sans cesse à nous examiner, à faire preuve de patience et à nous souvenir de la bonté dont Dieu a fait preuve envers nous.
Et la Bible ne parle certainement pas uniquement de morale sexuelle.
En Galates 5:19-23, Paul oppose les œuvres de la chair au fruit de l’Esprit. Aux côtés de l’immoralité sexuelle, il mentionne notamment la jalousie, les accès de colère, les divisions et l’envie. Puis il présente le fruit de l’Esprit, qui comprend l’amour, la patience, la bonté, la douceur et la maîtrise de soi.
Alors posons-nous la question : si quelqu’un prétend défendre la vérité biblique tout en manifestant constamment de la haine, de la cruauté, une colère incontrôlée et du mépris envers les autres, ne devrions-nous pas aussi nous demander si son comportement reflète réellement le fruit de l’Esprit ?
Si les commandements de Dieu concernant la sexualité sont importants à nos yeux, ils doivent l’être pour tout le monde, que les personnes concernées soient hétérosexuelles ou homosexuelles. Si nous croyons que l’intimité sexuelle a sa place dans le mariage, nous devons aussi enseigner cela avec cohérence aux chrétiens hétérosexuels.
Nous ne pouvons pas condamner avec force les relations sexuelles entre personnes du même sexe tout en trouvant facilement des excuses à l’adultère ou aux relations sexuelles hors mariage sous prétexte que ces réalités nous semblent plus familières.
Et je précise que je ne dis pas que tous les péchés ont les mêmes conséquences, ni que les chrétiens devraient cesser d’enseigner ce qu’ils croient au sujet de la sexualité. Je dis simplement que notre attachement à la vérité biblique ne doit pas dépendre de la personne qu’il nous est le plus facile de critiquer.
Jacques 2:1-9 met en garde contre le favoritisme, notamment lorsque les riches sont mieux traités que les pauvres. Même si le passage parle de condition sociale, il enseigne un principe fondamental sur la partialité. Il devrait nous pousser à examiner les différences de respect et d’accueil dans nos communautés, selon l’identité des personnes ou le degré d’approbation que nous leur accordons.
Et peut-être est-ce une question que nos églises devraient se poser plus honnêtement.
Parfois, les péchés que nous dénonçons le plus fort sont précisément ceux avec lesquels nous luttons le moins. Il devient alors facile de se sentir juste lorsqu’on se compare constamment à des personnes dont les expériences ou les difficultés sont différentes des nôtres.
Mais suivre Jésus ne consiste pas à devenir expert dans l’art de repérer les défauts des autres tout en refusant d’affronter les siens.
Nous avons tous besoin de la grâce de Dieu, et nous devons tous prendre au sérieux ce qu’il nous enseigne.
Aimer quelqu’un ne signifie pas approuver tout ce qu’il fait
J’aimerais que nous comprenions une chose, parce que je crois qu’il s’agit de l’un des plus grands malentendus dans ce genre de conversation.
Aimer et être d’accord ne sont pas synonymes.
Nous pouvons aimer une personne sans partager toutes ses convictions. Nous pouvons entretenir une amitié avec quelqu’un dont les valeurs sont différentes des nôtres. Nous pouvons traiter quelqu’un avec respect même si, à sa place, nous ferions d’autres choix.
Nous le faisons déjà dans bien d’autres domaines. Tu as sans doute des amis qui ne pensent pas comme toi en politique, en matière d’argent, d’éducation des enfants ou sur d’autres sujets importants. Tu peux être profondément en désaccord avec leurs décisions sans pour autant cesser de te soucier d’eux ou les traiter comme s’ils méritaient moins de respect.
Pourquoi alors avons-nous parfois l’impression que les désaccords concernant la sexualité nous autorisent à abandonner toute bonté ?
Je crois que certains chrétiens ont peur que manifester un amour sincère envers un homme gay ou une femme lesbienne soit interprété comme une approbation des relations entre personnes du même sexe. À cause de cette peur, ils deviennent distants, mal à l’aise ou inutilement durs.
Pourtant, la gentillesse ne signifie pas que l’on approuve toutes les convictions de quelqu’un. Le respect n’est pas l’abandon de ses propres croyances. Et l’amitié n’exige pas que deux personnes soient d’accord sur toutes les questions morales ou théologiques.
En Romains 12:9-10, Paul appelle les croyants à un amour sincère, à l’affection fraternelle et à l’honneur mutuel. Plus loin, en Romains 12:18, il les encourage à vivre en paix avec tous, autant que cela dépend d’eux. Ces textes nous rappellent que notre responsabilité ne consiste pas uniquement à savoir ce que nous croyons, mais à laisser notre foi transformer la manière dont nous traitons les autres.
Je trouve cela particulièrement important lorsque nous discutons avec des personnes qui ne partagent pas nos convictions.
1 Pierre 3:15 nous invite à être prêts à expliquer l’espérance qui est en nous, mais à le faire avec douceur et respect. Colossiens 4:5-6 nous encourage également à nous conduire avec sagesse envers ceux du dehors et à parler avec grâce.
Ces passages ne nous demandent pas de cacher notre foi. Ils nous enseignent comment en parler.
Nous pouvons expliquer pourquoi nous adhérons à une compréhension traditionnelle du mariage sans humilier quelqu’un qui n’est pas d’accord. Nous pouvons discuter de la Bible sans transformer chaque conversation en dispute. Nous pouvons aussi reconnaître qu’une autre personne interprète certains textes différemment sans la traiter comme si elle était incapable de réfléchir ou d’étudier par elle-même.
Mais je crois que nous devons également être honnêtes sur ce qu’exige un amour véritable.
Si la seule raison pour laquelle tu te lies d’amitié avec quelqu’un, c’est l’espoir de réussir un jour à le faire changer, demande-toi si tu le considères réellement comme un ami ou plutôt comme un projet.
Imagine que tu découvres qu’une personne que tu croyais proche ne passait du temps avec toi que pour te convaincre de devenir quelqu’un d’autre. Est-ce que ça ne te ferait pas mal ? Est-ce que tu ne commencerais pas à douter de son affection et à te demander si elle t’aimait vraiment ou si elle attendait simplement d’obtenir le résultat qu’elle souhaitait ?
Je crois que nous devons nous poser les mêmes questions lorsque nous construisons des relations avec des personnes qui ne partagent pas notre foi.
Puis-je encore être gentil avec cette personne si elle ne vient jamais dans mon église ? Puis-je continuer à me soucier d’elle si elle n’est jamais d’accord avec ma compréhension des Écritures ? Puis-je célébrer ses réussites, la soutenir dans les moments difficiles et la respecter sans transformer chacune de nos rencontres en débat religieux ?
Si la réponse est non, peut-être que ce que nous devons travailler, ce n’est pas sa volonté de changer, mais notre compréhension de l’amour.
En 1 Corinthiens 13:4-7, Paul décrit l’amour comme patient, plein de bonté, dépourvu d’arrogance et ne cherchant pas constamment son propre intérêt. Bien que ce passage ne concerne pas spécifiquement les relations avec les non-croyants, il remet en question la manière dont nous traitons parfois ceux qui ne pensent pas comme nous.
Et comprenons-nous bien : aimer quelqu’un ne signifie pas faire semblant de n’avoir aucune conviction. Si une personne nous demande sincèrement ce que nous croyons, nous pouvons lui répondre avec honnêteté et respect.
Mais la vérité n’exige pas la cruauté. Et une conversation sur la foi ne devrait jamais servir de prétexte pour exercer de la pression ou humilier quelqu’un.
Éphésiens 4:15 associe la vérité à l’amour. Nous devons prendre garde à ne pas mettre l’un en avant tout en oubliant l’autre.
Parce que la vérité biblique ne nous autorise jamais à abandonner l’amour biblique.
À quoi devrait ressembler concrètement notre amour envers la communauté LGBTQ ?
Je crois qu’une des raisons pour lesquelles ces discussions n’aboutissent pas toujours, c’est que nous passons tellement de temps à débattre de la question de savoir si les chrétiens doivent aimer les hommes gays, les femmes lesbiennes et les personnes transgenres que nous oublions de nous demander ce que cet amour devrait changer dans notre comportement.
Dire « j’aime les gens » est facile. Le démontrer par nos actes est une tout autre affaire.
Imagine, par exemple, qu’un ami proche te confie qu’il est gay. Il a peut-être hésité à t’en parler parce qu’il connaît tes convictions bibliques. À ce moment-là, tu as le choix. Tu peux te mettre en colère, lui expliquer immédiatement tous tes désaccords ou ramener toute la discussion à ton propre malaise. Ou tu peux reconnaître qu’il te confie quelque chose de profondément personnel et lui répondre avec bonté, patience et écoute.
Écouter ne veut pas dire abandonner ses convictions. Cela veut dire reconnaître que la personne devant nous mérite d’être entendue.
Jacques 1:19 nous encourage à être prompts à écouter, lents à parler et lents à nous mettre en colère. Je crois que beaucoup d’entre nous ont besoin de se souvenir de ce verset, surtout lorsqu’un sujet suscite de fortes émotions.
Parfois, nous sommes tellement occupés à préparer notre réponse que nous n’écoutons presque plus. Nous cherchons davantage à défendre notre position qu’à comprendre la personne devant nous.
Et cela devrait nous interpeller.
Dans nos églises, aimer les gens devrait signifier refuser de participer aux blagues, aux insultes et aux commentaires humiliants sur les hommes gays, les femmes lesbiennes ou les personnes transgenres. Cela devrait aussi signifier rejeter l’idée qu’une personne serait automatiquement dangereuse, immorale ou indigne d’amitié à cause de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Nous devrions créer des espaces où il est possible de poser des questions sincères sur la foi sans être ridiculisé ou humilié publiquement.
Éphésiens 4:29 nous appelle à prononcer des paroles qui édifient plutôt que des mots qui détruisent. Proverbes 18:21 nous rappelle aussi la puissance considérable de nos paroles.
Nous devrions nous en souvenir chaque fois que nous parlons de personnes dont la vie diffère de la nôtre.
Dans nos familles, aimer devrait signifier que nos enfants, nos frères, nos sœurs et nos proches savent qu’ils n’ont pas besoin de devenir exactement les personnes que nous avions imaginées pour mériter notre amour. Des désaccords sincères peuvent exister au sujet de la foi et de la sexualité, mais ils ne doivent jamais devenir une excuse pour la cruauté, les menaces ou le rejet.
Et dans la vie quotidienne, cela signifie traiter un collègue gay, une voisine lesbienne, un camarade de classe transgenre ou un inconnu avec la même dignité que celle que nous attendons pour nous-mêmes. Nous ne devrions pas supposer que tout le monde a envie de débattre de religion avec nous, ni faire de la sexualité ou du genre de quelqu’un le sujet central de chacune de nos interactions.
Parfois, aimer son prochain consiste simplement à l’écouter raconter une semaine difficile, à lui venir en aide, à célébrer une réussite pour laquelle il a travaillé dur ou à être un ami digne de confiance.
Chaque rencontre n’a pas besoin de se transformer en prédication.
En 1 Jean 3:18, nous sommes encouragés à ne pas aimer seulement en paroles, mais en actes et en vérité. Je crois que ce verset exprime exactement la différence entre affirmer que nous aimons les autres et leur témoigner réellement de l’amour.
Il est facile de dire « j’aime tout le monde » tout en participant à des discussions qui humilient certains groupes. Il est facile de parler de la compassion de Dieu tout en faisant preuve de très peu de compassion envers ceux qui nous entourent.
Lorsque Jésus s’adresse à ses disciples en Jean 13:34-35, il souligne que leur amour les uns pour les autres sera le signe distinctif de leur appartenance à lui.
Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.
Je sais que ce passage concerne précisément l’amour entre disciples. Mais il devrait aussi nous inviter à réfléchir au témoignage que nos relations et notre comportement rendent au monde.
Les personnes qui nous rencontrent découvrent-elles chez nous la patience, la douceur et la bonté ? Se sentent-elles respectées même quand nous sommes en désaccord ? Nos paroles leur permettent-elles de poser des questions avec confiance, ou ont-elles l’impression de devoir cacher une partie de leur vie pour éviter l’humiliation ?
Et surtout, montrons-nous réellement les qualités du Christ que nous souhaitons leur faire découvrir ?
Michée 6:8 nous parle de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec Dieu. Ces exigences ne deviennent pas facultatives lorsque nous rencontrons une personne dont les convictions sont différentes des nôtres. Elles font partie d’une vie qui cherche à être fidèle à Dieu.
Je veux aussi souligner que protéger la dignité de quelqu’un n’est pas seulement une stratégie pour l’amener un jour à devenir chrétien. Même s’il ne partage jamais notre foi, il reste digne de bonté, de sécurité et de respect.
Nous ne devrions pas aimer les gens uniquement dans l’espoir qu’ils finissent par nous ressembler. Nous devrions les aimer parce qu’ils sont des êtres humains créés à l’image de Dieu et parce que le Christ nous a appelés à aimer.
Pour conclure : représenter le Christ, sans prendre la place du Saint-Esprit
S’il y a une seule chose que j’aimerais que tu retiennes de cet article, c’est celle-ci : nous ne pouvons pas prétendre représenter un Dieu d’amour tout en traitant certaines personnes comme si elles ne méritaient pas cet amour.
Je sais que les discussions sur la sexualité et la foi peuvent être difficiles. Je sais que les chrétiens ont des convictions profondes, et je comprends que tout le monde n’arrive pas aux mêmes conclusions dans son interprétation des Écritures.
Mais je ne crois pas que ces désaccords nous autorisent à abandonner la compassion, l’humilité ou le respect.
Je crois que la Bible enseigne une certaine compréhension du mariage et de l’intimité sexuelle, et je n’ai pas honte de l’exprimer. Mais je crois aussi que cette même Bible m’ordonne d’aimer mon prochain, de faire preuve d’humilité, d’exercer la miséricorde et de respecter la dignité des autres.
Je ne peux pas me servir d’un enseignement biblique comme excuse pour en désobéir à un autre.
Si je condamne l’immoralité sexuelle tout en excusant dans ma propre vie la haine, la cruauté, l’orgueil et l’hypocrisie, alors j’ai mal compris quelque chose d’essentiel à la sainteté.
En 1 Jean 4:20-21, Jean dénonce la contradiction de celui qui prétend aimer Dieu tout en haïssant son frère. Ses paroles nous invitent à nous demander si l’amour que nous professons se voit réellement dans nos relations.
Et je crois que nous devons cesser de penser qu’être dur nous rend plus fidèles ou qu’être gentil signifie avoir compromis nos convictions.
Parfois, ce que nous pouvons faire de plus semblable au Christ, c’est écouter quelqu’un sans nous précipiter pour le corriger, faire preuve de bonté sans rien attendre en retour ou admettre que nous ne comprenons pas entièrement ce qu’une autre personne a vécu.
Et n’oublions pas que notre propre relation avec Dieu repose, elle aussi, sur la grâce.
Éphésiens 2:8-9 nous rappelle que le salut est un don de la grâce de Dieu, reçu par la foi, et non une récompense de nos performances. Aucun de nous ne peut prétendre être arrivé à un point où il n’a plus besoin de sa miséricorde, de sa correction ou de sa patience.
Alors peut-être devrions-nous être un peu moins prompts à condamner et un peu plus prompts à écouter.
Peut-être devrions-nous consacrer moins d’énergie à démontrer notre désaccord et davantage à manifester la patience, la bonté et l’humilité que nous affirmons avoir apprises de Jésus.
Et peut-être qu’avant de nous demander pourquoi certaines personnes se sentent mal à l’aise avec les chrétiens, nous devrions nous demander si nos propres paroles et attitudes ont contribué à ce malaise.
Je veux terminer par une pensée qui me paraît essentielle. Nous sommes appelés à être les témoins du Christ, pas à remplacer le Saint-Esprit. Nous pouvons annoncer l’Évangile, exprimer honnêtement nos convictions et inviter les autres à discuter de la foi. Mais nous ne pouvons pas contrôler la conscience d’une personne, la contraindre à croire ou produire nous-mêmes une conviction spirituelle profonde.
En revanche, nous pouvons choisir la manière dont nous la traitons.
Nous pouvons choisir des paroles bienveillantes plutôt que cruelles. Nous pouvons choisir d’écouter plutôt que de rejeter. Nous pouvons faire de nos désaccords des occasions de dialogue ou des prétextes pour humilier. Et nous pouvons décider si l’amour que nous prêchons est réellement visible dans notre vie.
Alors non, je ne crois pas que les chrétiens doivent haïr les hommes gays, les femmes lesbiennes, les personnes transgenres ou toute autre personne de la communauté LGBTQ. Je crois que nous devons leur manifester la même dignité, la même bonté, la même compassion et le même respect qu’à tous les autres.
Et qu’une personne partage ou non nos convictions, elle ne devrait jamais avoir à se demander si elle mérite d’être traitée comme un être humain.
Parce que rester fermement attachés à la vérité biblique ne devrait jamais nous obliger à abandonner l’amour biblique. Et si nous voulons vraiment que les gens connaissent le Jésus que nous proclamons, notre manière de les traiter doit refléter l’amour qu’il nous a enseigné.
Lire les passages bibliques
- Jean 3:16
- Romains 5:8
- Genèse 2:24
- Matthieu 19:4-6
- Romains 1:26-27
- 1 Corinthiens 6:9-11
- Matthieu 9:10-13
- Luc 19:1-10
- Genèse 1:27
- Jacques 3:9-10
- Matthieu 22:37-40
- Luc 10:25-37
- 1 Corinthiens 5:12-13
- Jean 16:8
- 2 Timothée 2:24-25
- Romains 3:23
- Matthieu 7:3-5
- Romains 2:1-4
- Galates 5:19-23
- Jacques 2:1-9
- Romains 12:9-10
- Romains 12:18
- 1 Pierre 3:15
- Colossiens 4:5-6
- 1 Corinthiens 13:4-7
- Éphésiens 4:15
- Jacques 1:19
- Éphésiens 4:29
- Proverbes 18:21
- 1 Jean 3:18
- Jean 13:34-35
- 1 Jean 4:20-21
- Éphésiens 2:8-9
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