Je compte jusqu’à trois, et les pas se rapprochent, je le sens au plus profond de moi. Je le sens dans mon âme et jusque dans mes os, comme quelque chose de familier qui, lentement, retrouve le chemin de ma vie.

Hé, mon ami, je connais trop bien cette voix pour faire semblant de ne pas reconnaître ce qui arrive. J’essaie de lutter de toutes mes forces, mais on dirait que mon corps et mon esprit ne travaillent plus ensemble. On dirait que je suis figée pendant que tout s’effondre autour de moi. Et soudain, sans même comprendre comment j’en suis arrivée là, je perds à nouveau le contrôle.

Je compte jusqu’à trois, et les voix se font plus fortes, comme si mon esprit se noyait dans un océan de choses que je croyais vraiment avoir déjà vaincues. Je pensais que ces combats étaient derrière moi. Je pensais que ces chaînes étaient enfin tombées. Je pensais que la guérison voulait dire que je ne lutterais plus jamais comme ça.

Mais je ne sais comment, mon passé a retrouvé le chemin de mon présent. Je ne sais comment, les choses dont j’avais prié qu’elles ne me touchent plus jamais se tiennent là, juste devant moi, et demandent à être accueillies une fois de plus. Et me voilà, qui rampe de nouveau vers les mêmes choses dont Dieu m’avait autrefois délivrée.

Comme un chien qui retourne à ce qu’il a vomi, je reviens à ce qui m’a autrefois empoisonnée, et c’est peut-être pour ça que Salomon appelait cette personne un insensé. Je sais que je retourne vers quelque chose qui m’a déjà fait du mal, et j’ai besoin d’aide pour choisir autrement.

Je compte jusqu’à trois avant de parler. Dieu, c’est encore moi. J’aimerais venir à Toi avec des histoires de victoire et de croissance, mais aujourd’hui je ne viens qu’avec mon honnêteté. Pardon. Pardon d’avoir encore failli devant Toi. Parfois, j’ai l’impression que la seule chose que je réussis avec constance ces jours-ci, c’est de Te décevoir.

Et si je suis tout à fait transparente, si j’étais Toi, j’aurais sûrement renoncé à moi depuis longtemps. Ce n’est pas moi qui m’apitoie sur mon sort. Je sais que Ta grâce est réelle. Je sais que la miséricorde existe. Je sais que personne n’est à la hauteur et que Ton amour ne se gagne pas par la perfection. Je sais tout ça dans ma tête, mais mon cœur est fatigué.

Je suis fatiguée de retourner aux entraves que Tu as déjà retirées de mes pieds. Je suis fatiguée de rouvrir des blessures que Tu avais déjà commencé à guérir. Je suis fatiguée de chanter la liberté à l’église pendant qu’en secret, je me débats encore avec des chaînes que je croyais mortes.

Alors voici ma demande. Si Tu tiens à m’aimer, alors apprends-moi à ne plus fuir cet amour chaque fois que je fais une erreur. Apprends-moi à ne plus croire qu’un seul échec peut effacer tout ce que Tu as dit de moi.

Si Tu tiens à me pardonner, alors apprends-moi à ne plus déterrer ce que Tu as déjà enterré. On dirait que Tu tournes la page de mes péchés plus vite que moi. Et si Ta miséricorde se renouvelle vraiment chaque matin, alors, Dieu, aide-moi s’il Te plaît à survivre à la nuit. Les nuits sont dures. C’est la nuit que vivent les pensées qui tournent en boucle. C’est la nuit que la honte crie fort. C’est la nuit que la culpabilité me convainc que je suis allée trop loin pour être relevée.

Je ne veux pas d’un autre moment de conviction passager qui disparaît au bout de quelques jours. Je ne veux pas d’un autre appel à l’autel plein d’émotion qui ne transforme jamais ma vie de tous les jours. Je suis fatiguée de pleurer pendant les cultes pour retrouver les mêmes chaînes dès le lundi matin.

Je veux une liberté qui aille plus loin que mes émotions. Je veux une liberté qui atteigne mes habitudes, mes pensées, mes luttes secrètes et cette version cachée de moi que personne d’autre ne voit. Après avoir dit tout ça, j’ai murmuré amen et je me suis préparée à partir.

Mais alors, je L’ai senti parler. « Non, attends. Ne pars pas tout de suite. Maintenant, c’est Mon tour de parler. Assieds-toi là et écoute. » Alors je suis restée. Et dans le silence où la honte crie d’habitude le plus fort, Sa voix a interrompu chaque pensée haineuse que j’avais contre moi-même.

« Mon enfant, tu continues de t’appeler un échec, pendant que Moi, Je continue de t’appeler Mienne. Tu continues de mesurer ta valeur au nombre de tes chutes, alors que J’ai déjà fixé ta valeur à la croix. Je ne t’ai jamais demandé de te sauver toi-même. Je t’ai demandé de t’abandonner à Moi.

Oui, tu es tombée encore, mais ta lutte n’est pas plus forte que Ma grâce. Ta faiblesse n’annule pas Mon amour pour toi. Et ton pire moment n’a pas assez de pouvoir pour effacer ton identité. Pensais-tu vraiment qu’un mauvais chapitre pourrait Me faire oublier pourquoi J’ai commencé à écrire ton histoire ? »

Et puis Il m’a rappelé quelque chose que nous oublions bien trop souvent : la croix connaissait déjà chaque version de nous avant que Jésus choisisse de mourir pour nous. Il connaissait nos versions honteuses, épuisées, en pleine lutte. Il connaissait celle qui promettrait : « Dieu, c’est la dernière fois », et qui tomberait encore.

Il savait tout ça, et Il est resté quand même. Je compte jusqu’à trois, et les pas se rapprochent encore, mais cette fois, ils n’ont pas le son de la peur. Cette fois, ils ont le son de la miséricorde. Ils ont le son d’un Père qui court vers Son enfant. Ils ont le son des chaînes qui tombent enfin sur le sol. Ils ont le son de la grâce qui entre dans la pièce avant que la honte ait le temps de refermer la porte à clé.

Et peut-être que la guérison n’est pas toujours bruyante et spectaculaire, comme on l’imagine. Peut-être que, parfois, guérir, c’est choisir de se relever une fois de plus.

Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.

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