Je crois que les pères et les mères spirituels peuvent jouer un rôle précieux dans la vie d’un chrétien. Des croyants mûrs peuvent nous enseigner, prier avec nous, nous reprendre et nous aider à grandir. Mais aucune relation spirituelle ne devrait donner à quelqu’un un droit de propriété sur notre conscience, notre avenir ou notre accès à Dieu.

Si tu as fréquenté certaines communautés charismatiques ou pentecôtistes, tu connais peut-être les expressions père spirituel, mère spirituelle, fils ou fille spirituels. Ces mots peuvent traduire une affection et une reconnaissance sincères. Ils peuvent aussi devenir le moyen par lequel un responsable exige une loyauté sans réserve et fait naître la peur de réfléchir, de poser des questions ou de partir.

C’est cette dépendance malsaine que je désigne par l’expression « l’épidémie des daddy ». Ce qui m’inquiète, c’est le pouvoir accordé à la personne qui porte ce titre. Le désir d’être guidé, de trouver sa place ou de recevoir l’attention d’une figure parentale est profondément humain. Il mérite d’être accueilli avec un grand sens des responsabilités, surtout lorsque quelqu’un propose d’y répondre au nom de Dieu.

Nous avons besoin d’une réflexion honnête sur ce que signifie être un père spirituel ou une mère spirituelle à la lumière de la Bible, sur les limites de cette autorité et sur ce qui se passe lorsque les personnes chargées de nous aider à grandir commencent à utiliser notre foi contre nous.

Ce que signifie la paternité spirituelle dans la Bible

La Bible emploie bien le langage de la parentalité pour parler de certaines relations spirituelles. Dans 1 Corinthiens 4:14-17, Paul s’adresse aux Corinthiens comme à des enfants bien-aimés et explique qu’il est devenu leur père en Christ par l’Évangile. Il décrit ainsi son rôle dans l’annonce de l’Évangile et dans l’accompagnement de leur vie en Christ.

Paul utilise également des images maternelles et paternelles dans 1 Thessaloniciens 2:7-12. Il évoque la tendresse d’une mère qui nourrit ses enfants, le partage de sa propre vie avec les croyants et les encouragements d’un père qui exhorte ses enfants à vivre d’une manière digne de Dieu. L’accent porte sur le soin apporté aux personnes et sur la responsabilité de ceux qui exercent un ministère.

Ces passages permettent de comprendre la paternité et la maternité spirituelles comme des relations où l’on accompagne, enseigne et montre l’exemple. Ils n’imposent pas à chaque croyant d’attribuer ce titre à quelqu’un et ne donnent pas à un mentor une autorité illimitée sur les décisions d’un autre adulte.

Nous devons aussi prendre les paroles de Jésus au sérieux. Dans Matthieu 23:8-12, il met en garde contre la recherche de prestige religieux, dit à ses disciples de n’appeler personne sur terre leur père et les renvoie à leur Père céleste. Nous ne pouvons pas nous servir du langage parental de Paul pour effacer cet avertissement. Pour ma part, je comprends que tout usage spirituel du mot père doit rester soumis à l’autorité et à la paternité de Dieu.

Paul lui-même lie l’imitation de son exemple au fait qu’il suit le Christ (1 Corinthiens 11:1). Cette relation a une direction : elle conduit vers Jésus. Elle devrait aider une personne à apprendre à lire les Écritures, à exercer son discernement, à assumer ses responsabilités et à servir les autres avec fidélité.

Un père spirituel ou une mère spirituelle peut prendre une place très importante dans ta vie. Cette importance ne lui donne pourtant pas le droit de te contrôler. La relation devrait te permettre de mûrir sans te faire sentir que ta croissance est une trahison.

Quand un parent spirituel prend la place de Dieu

Un jour, j’ai vu sur Internet un extrait vidéo qui semblait placer l’autorité d’un père spirituel au-dessus de celle de Dieu dans la vie d’un croyant. Ce qui m’a troublée, c’était l’idée que les décisions et les déclarations de ce responsable puissent peser davantage que Dieu lui-même.

Aucun être humain n’occupe cette place dans la vie d’un chrétien. Un pasteur peut nous aider à comprendre la Parole de Dieu, mais il ne peut pas devenir l’autorité à partir de laquelle nous jugeons cette Parole. Quelqu’un a peut-être prié pour nous, nous a transmis un enseignement ou nous a soutenus pendant une période difficile. Aucun de ces bienfaits ne fait de cette personne notre sauveur.

Dans 1 Corinthiens 3:5-7, Paul se présente, avec Apollos, comme un serviteur par lequel des personnes sont venues à la foi. Leurs responsabilités étaient différentes, mais c’était Dieu qui faisait grandir. Même l’apôtre qui parlait de paternité spirituelle refusait de se présenter comme la source de la vie spirituelle.

Dans 1 Timothée 2:1-5, Jésus-Christ est présenté comme le médiateur entre Dieu et l’humanité. Ce même passage encourage la prière et l’intercession pour les autres : il est donc tout à fait juste de bénéficier des prières de quelqu’un. Mais ces prières ne donnent à personne le contrôle de notre relation avec Dieu. Hébreux 4:14-16 fonde notre confiance pour nous approcher de Dieu sur le ministère de Jésus, notre grand souverain sacrificateur.

Cette vérité est essentielle lorsqu’on dit à des croyants que leurs prières ne peuvent atteindre Dieu sans l’approbation d’un responsable particulier, ou que quitter un ministère les place automatiquement hors de la protection divine. De telles affirmations attribuent à une relation humaine un pouvoir qui appartient au Christ.

L’honneur se déforme lorsque l’approbation d’un responsable détermine ce que nous acceptons comme vrai, lorsque nous défendons des comportements nuisibles à cause du titre de leur auteur, ou lorsque nous craignons davantage de déplaire au responsable que de participer au mal. Notre dévotion doit alors être examinée. Une personne que nous admirons peut devenir une idole, même si nous continuons à parler le langage de la foi chrétienne.

Le respect implique aussi de rendre des comptes

Refuser la domination spirituelle ne signifie pas rejeter les responsables, la correction ou les engagements liés à l’appartenance à une Église. Nous avons tous besoin de personnes capables de nous remettre en question. Un pasteur peut nous dire quelque chose de difficile à entendre et avoir raison.

Hébreux 13:7 invite les croyants à considérer la conduite de leurs responsables et à imiter leur foi. Hébreux 13:17 appelle à la soumission envers les responsables tout en précisant qu’ils devront rendre des comptes. Ces deux aspects comptent. Le passage leur confie la responsabilité de veiller sur les autres ; il ne les rend pas incapables de mal agir.

Paul pose clairement une limite dans 2 Corinthiens 1:24 : « non pas que nous dominions sur votre foi ». Il explique qu’il travaille avec les croyants à leur joie. De même, Pierre demande aux anciens de prendre soin du troupeau de Dieu sans exploiter ni dominer les personnes qui leur sont confiées (1 Pierre 5:1-4).

L’autorité chrétienne doit donc s’exercer d’une manière qui accepte l’examen. Un responsable devrait pouvoir expliquer sur quelle base biblique repose son conseil, distinguer un commandement de l’Écriture d’une préférence personnelle et accueillir les questions sans y voir une attaque contre Dieu.

Il y a une différence entre une correction qui aide quelqu’un à reconnaître ses torts et une pression qui l’amène à renoncer à son jugement. Une correction juste peut supporter un examen honnête. Une exigence d’obéissance fondée sur la menace, le secret ou l’impossibilité de remettre le responsable en question doit nous alerter sérieusement.

Je pensais que la manipulation ne pourrait jamais m’atteindre

Je pensais autrefois que je ne laisserais jamais un homme de Dieu me manipuler. J’étais persuadée que je le remarquerais immédiatement. Je me trompais.

Je priais pour des choses précises, des sujets qui me tenaient profondément à cœur. Un responsable spirituel m’appelait et me proposait de prier. À la fin de la prière, il demandait une offrande, en la présentant comme quelque chose que je devais donner pour que Dieu m’entende.

Au début, je ne voyais pas le problème. Nous avions prié. Nous demandions quelque chose à Dieu. Donner me semblait être une réponse naturelle, et je croyais poser un acte spirituel.

Mais la même situation se répétait. Une prière au sujet d’un besoin entraînait une nouvelle demande d’argent. Les paroles prophétiques et les appels aux offrandes revenaient constamment sur mes attentes les plus profondes, qu’il connaissait. Plus le besoin comptait pour moi, plus il devenait difficile de dissocier la demande d’argent de mon espoir d’être exaucée.

Avec le temps, cela a commencé à déformer ma compréhension du don. L’offrande ressemblait de plus en plus à une transaction : je donnais, et Dieu devait me donner ce que je lui demandais. Mon désir de lui faire confiance se mêlait à l’idée qu’il me fallait verser la bonne somme.

C’est la répétition de ce fonctionnement qui m’a permis de reconnaître la manipulation. Mes attentes les plus pressantes étaient sans cesse associées à des demandes financières. Le problème ne tenait pas simplement à la présence d’une offrande. Il résidait dans l’idée que je devais donner pour que Dieu m’entende.

Je partage cette expérience parce que la manipulation peut passer par des mots et des pratiques que nous associons déjà à la foi. La prière, la prophétie, la générosité et le respect d’un serviteur de Dieu peuvent tous avoir leur place dans la vie chrétienne. Leur présence ne suffit pas à rendre chaque échange digne de confiance.

Si quelqu’un a utilisé ta confiance contre toi, cela ne signifie pas que tu manques d’intelligence ou de sincérité. Désirer l’aide de Dieu n’est pas une faute morale. La personne qui te demande de lui faire confiance reste responsable de la manière dont elle utilise cette confiance.

Les offrandes ne sont pas le prix à payer pour être entendu de Dieu

Je crois toujours au don, aux offrandes et à la dîme. Je crois aussi qu’une Église peut enseigner la générosité et inviter les fidèles à soutenir son œuvre. Le passage de 1 Corinthiens 9:13-14 reconnaît la légitimité du soutien financier apporté à ceux qui annoncent l’Évangile. Une demande d’argent n’est donc pas automatiquement une manipulation.

La question est de savoir ce que cette demande t’amène à croire et si tu es libre d’y répondre en toute sincérité.

Paul enseigne que le don doit être réfléchi et volontaire, « sans tristesse ni contrainte » (2 Corinthiens 9:7). Il le rapporte aussi à ce qu’une personne possède réellement et explique que soulager les autres ne doit pas simplement mettre le donateur en difficulté (2 Corinthiens 8:12-14). Ces instructions méritent autant d’attention que les prédications sur le sacrifice financier.

Le chapitre qui parle de semer et de récolter relie aussi la provision de Dieu à une générosité accrue et à la satisfaction des besoins d’autrui (2 Corinthiens 9:6-12). Il n’autorise pas un responsable à garantir un mariage, un emploi, une guérison ou un déblocage précis en échange d’une somme déterminée.

Actes 8:18-23 nous adresse un autre avertissement. Simon propose de l’argent pour obtenir le pouvoir de transmettre le Saint-Esprit, et Pierre rejette cette tentative. Le récit concerne précisément la volonté d’acheter un pouvoir spirituel. Il devrait néanmoins nous rendre particulièrement vigilants face à toute manière de traiter les dons de Dieu comme quelque chose qu’un responsable religieux pourrait vendre.

Une offrande n’achète pas une audience auprès de Dieu. Jésus enseigne que le Père connaît nos besoins avant même que nous les lui présentions (Matthieu 6:7-13). Nous pouvons donner par confiance et par reconnaissance sans imaginer que notre générosité met Dieu en dette envers nous.

Le langage parental de Paul est particulièrement éclairant dans 2 Corinthiens 12:14-15. Il explique que ce sont les personnes elles-mêmes qu’il recherche, et non leurs biens, et qu’il est prêt à se dépenser pour leur bien. Voilà un exemple exigeant pour quiconque souhaite être appelé père spirituel ou mère spirituelle.

Il devrait être possible de demander où va l’argent, de refuser un appel particulier aux dons ou de dire que l’on n’en a pas les moyens. Un responsable ne devrait se servir d’aucune de ces réponses pour te menacer de la désapprobation de Dieu.

Une parole prophétique doit être examinée

L’expression « Dieu m’a dit » a un poids considérable. Employée avec responsabilité, elle devrait conduire à un discernement attentif. Employée sans précaution, elle peut donner à quelqu’un l’impression que contredire un responsable revient à contredire Dieu lui-même.

Le Nouveau Testament ne demande pas aux croyants d’accepter sans examen tout ce qui se présente comme une parole spirituelle. Dans 1 Thessaloniciens 5:19-22, l’ouverture à l’Esprit et à la prophétie va de pair avec l’instruction d’éprouver ce qui est dit. Dans 1 Corinthiens 14:29, les paroles prophétiques doivent être évaluées par les autres. Affirmer que l’on parle au nom de Dieu ne supprime pas la responsabilité d’examiner le message.

Cela s’applique aussi à nos propres impressions. Je ne peux pas attribuer chaque sentiment intense au Saint-Esprit et supposer que toute personne qui me questionne résiste à Dieu. Les certitudes d’un responsable comme les miennes doivent être confrontées aux Écritures, aux faits pertinents et aux conseils de personnes dignes de confiance.

Actes 17:11 fait l’éloge des Béréens, qui accueillaient le message de Paul avec empressement tout en examinant les Écritures pour vérifier s’il était vrai. Leur disponibilité à écouter allait de pair avec leur volonté de vérifier.

Lorsqu’une personne te transmet une prophétie personnelle, tu devrais pouvoir en demander le sens, prendre le temps de l’examiner et chercher conseil auprès d’autres personnes. Un message qui exige le secret, un paiement immédiat ou une obéissance sans réserve ne doit pas être accepté simplement parce qu’il emploie un vocabulaire spirituel.

Une prédiction qui ne se réalise pas ne devrait pas non plus devenir automatiquement une accusation contre ta foi. Quelqu’un qui affirme parler au nom de Dieu doit accepter de répondre de ses paroles, y compris en reconnaissant la possibilité de s’être trompé.

L’accompagnement doit respecter ta responsabilité dans les choix de ta vie

La manipulation spirituelle ne concerne pas toujours l’argent. Elle peut prendre la forme de pressions pour épouser une personne précise, abandonner des études, quitter un emploi, vendre des biens, déménager ou rompre certaines relations.

Un mentor avisé peut avoir quelque chose de précieux à te dire sur chacune de ces décisions. Il peut repérer un danger qui t’a échappé ou poser une question que tu as évitée. Ses conseils devraient t’aider à réfléchir de manière responsable, en tenant compte des conséquences pratiques et des effets de ta décision sur les autres.

Mais la préférence d’un responsable ne devient pas un commandement de Dieu parce qu’il l’énonce avec assurance. Une prophétie ne doit jamais servir à passer outre la liberté d’une personne de consentir au mariage. Une affirmation concernant ton appel n’excuse pas les pressions visant à te faire prendre un engagement financier que tu ne comprends pas. Aucun titre spirituel ni aucune prétendue révélation ne donnent droit à des relations sexuelles ou à des contacts physiques non consentis.

Une décision irréversible mérite du temps, des informations pertinentes et, lorsque c’est nécessaire, l’avis de personnes compétentes dans le domaine concerné. Si un responsable spirituel te pousse à un changement majeur, tu devrais pouvoir lui demander pourquoi, envisager d’autres possibilités et consulter des personnes qui ne dépendent pas de son approbation.

Le langage de la couverture spirituelle exige la même vigilance. Une Église peut offrir prière, soutien, correction et protection grâce à un encadrement responsable. Mais lorsque la couverture signifie qu’une seule personne doit approuver chacune de tes décisions, ou que Dieu abandonnera quiconque quitte son ministère, la relation est devenue une emprise.

L’appartenance à une communauté chrétienne comporte de véritables engagements. Elle n’exige pas que tu renonces à ta responsabilité de réfléchir avec soin, d’agir honnêtement et de prendre tes décisions devant Dieu.

L’onction ne dispense pas de rendre des comptes

L’une des réponses les plus nuisibles à une inquiétude concernant un responsable consiste à traiter cette inquiétude comme une attaque contre Dieu.

L’expression « Ne touchez pas à mes oints » est parfois utilisée pour clore toute discussion. Pourtant, Psaume 105:12-15 rappelle comment Dieu protégeait son peuple de l’oppression alors qu’il allait d’une nation à l’autre. Ce texte n’établit pas une règle selon laquelle les responsables religieux ne devraient jamais être questionnés, faire l’objet d’une enquête ou être repris.

Le Nouveau Testament aborde explicitement la responsabilité des anciens. Le passage de 1 Timothée 5:19-21 demande de la prudence dans le traitement des accusations, prévoit la réprimande des anciens qui persistent dans le péché et insiste sur l’impartialité. La prudence face aux accusations ne doit pas devenir un prétexte pour refuser d’entendre des préoccupations ou soustraire une personne influente à tout examen.

Galates 2:11-14 rapporte également que Paul a confronté Pierre au sujet d’une conduite contraire à la vérité de l’Évangile. L’importance de Pierre ne le plaçait pas au-dessus de toute correction.

Nous devons rejeter les accusations malveillantes, les rumeurs irresponsables et l’humiliation publique. Nous devons aussi rejeter l’idée que la réputation d’un responsable compte davantage que la recherche de la vérité. L’équité exige une démarche qui prend les éléments de preuve au sérieux et protège les personnes contre les représailles.

Revendiquer l’onction ne remplace pas l’intégrité. Un orateur talentueux reste tenu de dire la vérité. Une personne qui prie avec puissance reste tenue de respecter les limites d’autrui. Les réalisations d’un ministère n’annulent pas sa responsabilité de faire face au mal qui a été commis.

Reconnaître le moment où l’accompagnement devient une emprise

Une seule conversation inconfortable ne suffit pas à tout comprendre d’une relation. Observe le fonctionnement d’ensemble, les exigences formulées et ce qui se passe lorsque tu poses une question raisonnable ou une limite. Tu n’as pas à attendre que les incidents se répètent pour demander de l’aide après une menace grave ou le franchissement de tes limites.

Certains signes doivent particulièrement alerter :

  • Les menaces spirituelles. On te dit que refuser une instruction, ne pas donner ou quitter le ministère entraînera automatiquement une malédiction ou détruira ton avenir.
  • Le monopole de la volonté de Dieu. Le responsable affirme être le seul à pouvoir interpréter correctement ce que Dieu veut pour ta vie.
  • Les pressions qui visent tes espoirs les plus profonds. L’argent ou l’obéissance sont présentés comme la condition d’une réponse à un besoin dont le responsable sait qu’il compte énormément pour toi.
  • L’isolement et le secret. On te décourage de parler de tes inquiétudes à des personnes de confiance, et les questions venant de l’extérieur du cercle du responsable sont considérées comme dangereuses.
  • Les sanctions lorsque tu poses des limites. Dire non entraîne de l’humiliation, un retrait du soutien, des menaces ou des accusations de rébellion contre Dieu.
  • L’absence de remise en question du responsable. Les membres doivent se justifier, mais le responsable n’est pas tenu de répondre aux questions concernant sa conduite, l’argent ou ses décisions.

Ces comportements méritent notre attention même lorsqu’ils s’accompagnent de chaleur humaine, d’enseignements impressionnants ou d’actes généreux. Une relation peut comporter des moments précieux et devenir malgré tout nocive.

Lorsque l’autorité religieuse sert à maintenir la contrainte et le contrôle, le problème dépasse un simple désaccord sur la vie de l’Église. Qualifier une relation de spirituelle ne rend pas ses effets inoffensifs.

À quoi ressemble une paternité spirituelle saine

Des pères et des mères spirituels dignes de confiance t’aident à suivre le Christ de manière responsable. Tu deviens plus à même de comprendre les Écritures, de reconnaître tes limites, de chercher des conseils appropriés et de prendre des décisions réfléchies.

Ils peuvent expliquer leurs conseils sans prétendre tout savoir. Ils savent reconnaître une erreur et présenter des excuses sans te charger de restaurer leur réputation. Ils accueillent favorablement le soutien adapté que d’autres personnes peuvent t’apporter et n’exigent pas d’être au centre de tous les domaines de ta vie.

Leur attention ne dépend pas de tes flatteries, de l’argent que tu leur donnes ou de ton accord avec chacune de leurs préférences. Ils respectent des limites raisonnables concernant ton temps, tes finances, tes relations et tes informations personnelles. Ils ont aussi, dans leur propre entourage, des personnes capables de remettre leur conduite en question.

Les qualités que l’Écriture attend des responsables de l’Église donnent une place essentielle au caractère, notamment à la maîtrise de soi, à la douceur et à l’absence d’amour de l’argent (1 Timothée 3:1-7). Ces qualités méritent d’être observées au-delà de ce qui se passe devant une assemblée.

Éphésiens 4:11-16 décrit un ministère qui équipe les croyants et aide le corps à grandir vers la maturité en Christ. Ce passage nous invite à poser une question utile : cette relation aide-t-elle les personnes à mûrir, ou les rend-elle de moins en moins capables d’agir sans la permission d’une seule personne ?

Une paternité ou une maternité spirituelles saines peuvent rester une source d’affection et de conseil pendant de nombreuses années. Leur fruit devrait se voir dans la croissance des personnes accompagnées, notamment dans leur capacité à prendre pleinement leur place au sein de l’ensemble du corps du Christ.

Quand ta confiance a été utilisée contre toi

Reconnaître un fonctionnement nocif peut être douloureux, surtout lorsque la personne concernée t’a aussi aidé ou a occupé une place importante dans ton sentiment d’appartenance. Tu n’as pas besoin d’effacer tous les bons souvenirs pour reconnaître que quelque chose n’allait pas.

Commence par te donner de l’espace pour réfléchir. Dans la mesure du possible, suspends les dons que l’on te pousse à faire et reporte les décisions importantes que l’on te presse de prendre. Tu peux dire que tu as besoin de temps pour prier, examiner les faits et demander un avis indépendant. L’urgence créée par une menace spirituelle ne mérite pas une obéissance automatique.

Parle à quelqu’un qui ne fait pas partie du cercle immédiat du responsable et qui saura t’écouter sans te pousser à protéger le ministère. Il peut s’agir d’un autre pasteur digne de confiance, d’un spécialiste indépendant de la prévention et de la prise en charge des abus, ou d’un professionnel qualifié de l’accompagnement psychologique. Si tu peux le faire sans te mettre en danger, conserve les messages pertinents, les justificatifs financiers et un récit écrit des échanges préoccupants.

Tu peux fixer des limites concernant les rencontres en privé, les appels répétés, les demandes d’argent et l’accès à des informations sensibles. Tu n’es pas obligé de confronter seul une personne avant de chercher de l’aide. En cas de menaces, de soupçons d’infraction ou de danger immédiat, cherche une aide extérieure adaptée plutôt que de te reposer entièrement sur une procédure interne à l’Église.

Le pardon ne doit jamais servir à pousser quelqu’un à retourner précipitamment dans les conditions qui lui ont fait du mal. Reconstruire la confiance exige une reconnaissance honnête des faits, un changement de comportement et une responsabilité assumée dans la durée. Le désir d’une personne d’être pardonnée ne lui donne pas immédiatement le droit de retrouver son influence sur ta vie.

Si tu dois quitter une communauté ou une relation d’accompagnement, cette décision ne revient pas à abandonner Dieu. Tu peux chercher une Église où les questions sont bienvenues et où l’attention que l’on te porte ne dépend pas de ton renoncement à ton propre jugement. Tu n’es pas non plus tenu d’expliquer immédiatement ton expérience à tout le monde.

L’Église doit elle aussi assumer ses responsabilités

Il ne suffit pas de dire aux croyants d’apprendre à mieux reconnaître la manipulation. Les Églises doivent examiner les conditions qui lui permettent de perdurer.

Les responsables ont besoin d’un véritable contrôle exercé par des personnes capables de les remettre en question et d’agir lorsque des préoccupations apparaissent. Les pratiques financières doivent être transparentes. Chacun devrait savoir comment signaler un problème sans avoir à demander la permission à la personne mise en cause. Ceux qui signalent des abus doivent être protégés contre l’intimidation et les représailles.

Lorsque des faits graves sont allégués, les personnes chargées de les examiner doivent disposer d’une indépendance suffisante pour enquêter avec impartialité. La loyauté personnelle, la dépendance financière et le souci de l’image publique d’un ministère peuvent créer des conflits d’intérêts qu’il faut prendre en compte.

Les Églises devraient aussi examiner ce qu’elles valorisent. Lorsque l’accès à un responsable connu devient un signe de statut spirituel, les croyants peuvent confondre la proximité avec une personne et la proximité avec Dieu. Lorsque chaque réussite est attribuée au responsable, mais que chaque échec est imputé à la désobéissance d’un fidèle, il devient impossible de lui demander des comptes.

Jésus présente l’exercice de l’autorité à travers le service et son propre engagement à donner sa vie pour les autres (Marc 10:42-45). Une Église qui enseigne cela doit le rendre visible dans la manière dont le pouvoir est exercé, dont les plaintes sont traitées et dont les personnes sont accueillies lorsqu’elles ne sont plus en mesure de servir les intérêts de l’institution.

La repentance doit entraîner des changements concrets. Des excuses qui ne s’accompagnent d’aucune modification des pratiques laissent en place les mêmes possibilités de faire du mal. Protéger les personnes confiées à un ministère fait partie de sa responsabilité spirituelle.

Tu appartiens à Dieu

Je crois toujours aux pères et aux mères spirituels. Je crois à la valeur d’un enseignement reçu de personnes mûres, attachées à la prière et prêtes à s’investir dans la vie des autres. Je crois aussi que quiconque reçoit une telle confiance doit l’accueillir avec humilité.

Un parent spirituel devrait t’aider à grandir dans ta relation avec Dieu, avec la liberté et la responsabilité que cette croissance exige. Il ne devrait jamais faire de sa propre présence la condition de l’amour de Dieu pour toi.

Nous pouvons honorer les responsables fidèles tout en examinant leur enseignement. Nous pouvons accepter d’être repris tout en attendant d’eux qu’ils rendent des comptes. Nous pouvons pratiquer la générosité sans acheter des promesses et chercher un accompagnement spirituel sans remettre à quelqu’un d’autre le contrôle de notre avenir.

L’Église a besoin de pères et de mères spirituels dont l’attention aide les personnes à mûrir en Christ. Une telle manière d’accompagner reconnaît une vérité à laquelle tout titre doit se soumettre : les personnes qui nous sont confiées appartiennent à Dieu.

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